Qu’est-ce que c’est que ces gribouillages et ces dessins de maternelle ?… Et tout ce gaspillage de peintures qui nous  estransine « avec des choses qu’on y comprend rien » ? Et d’abord qui c’est ce type ? Qu’est que c’est ce trochamand ? Il est pas d’ici ce type ! Y prononce par les R comme à Narbonne…     
Qui c’est cet érotomane qui montre toutes ces femmes avec leurs ventres et leurs tetons ? 
Depuis  toujours,  nous autres les fils des cathares, nous autres les occitans, on en croise tellement de l’estrangieralha  sur la via domitia... Autrefois, il en est passé tant de touristes incultes remplis d’arrogance et de Coca-colas… Depuis les choses ont bien changé.  

Et puis, nous avons trop soupé de vents et de lumières pour voir encore les couleurs qui nous aveuglent. Les grecs et les romains nous ont laissé tant de brocantes sous les ceps de nos vignes et dans le ventre de nos étangs qu’on est blasé de tessons d’amphores, d’épaves et de vestiges. Alors, il est arrivé   « le batave » : et il en a pris un sacré coup. Un sacré coup de soleil sur la tête, une lampejada qui te fait bouillir la casquette. Un sacré coup de vent, une bufania qui déferle sur ta barque catalane et qui te déchire ton lati.

Et puis c’est lui, Bernard, qui vient d’un pays noyé de pluie, qui nous explique notre soleil ! C’est lui, lui qui avec ses yeux délavés, nous rappelle l’éclat de nos couleurs ! C’est lui, l’homme des polders et du plat pays, qui avec ses doigts grossiers, dessine nos garrigues, nos étangs, nos barques et nos poissons ! C’est lui, lui qui avec ses grosses mains barbares caresses les formes féminines de nos barques, les rondeurs de nos arbres et de nos épaves polies de sels et d’embruns. C’est lui qui bichonne nos voiles latines qui  pourrissent dans nos mémoires et dans la poussière de nos musées !

Bernard, avec ses tripes pleines de bière nous fait retrouver les tanins de nos Corbières. Il a un groin de sanglier pour aspirer les odeurs et les phéromones: dans sa tête, tout ça se mélange avec le soleil et le Mistral. Alors c’est devenu un Faune de mer qui a troqué ses cornes et ses sabots contre des phallus pisciformes pour faire renaitre les désirs de nos bas-ventres : il y met la crudité des symboles et des couleurs, la trouble sensualité des sexes et des écailles visqueuses qui se marient dans des Noces bageotes que Camus aurait célébrées.

Vite ! Allez à Minerve pour retrouver la sensualité bachique de notre latinité oubliée, la paillardise des dessins, de la lumière et des tons criards de la Méditerranée ! 
Courrez à Minerve à la rencontre de Bernard de Bages : sur ses toiles, le Mistral a soufflé les bougies qui éclairaient les figures hollandaises de ses illustres ancêtres… et le soleil du Languedoc a fait exploser l’impudeur des formes et des couleurs.  

François Féral 
Professeur à l’Université de Perpignan
27 septembre 2009